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Pour Samar Mhanna, la cuisine est un art éphémère

L’Orient le Jour du 23 juillet 2015
Patricia Khoder

Pour Samar Mhanna, la cuisine est un art éphémère

De l'énergie et de la bonne humeur. Samar Mhanna Boustany est un tourbillon qu'on a envie de suivre. Cette jeune femme pleine de vie, qui travaille depuis quinze ans dans la production de films publicitaires, s'est trouvée il y a bien longtemps un délicieux passe-temps : la cuisine. «Tout a commencé avec les meringues que je confectionnais à ma famille les dimanches après-midi.

J'avais treize ans», dit-elle, confiant qu'elle ne se rappelle pas avoir un jour raté une fournée. Installée à Moscou pour un an, à la fin de ses études universitaires à l'Iesav, elle expérimente ses talents en concoctant toutes sortes de plats, notamment des ragoûts libanais, à ses connaissances et amis russes dont elle se sent culturellement proche. Née de mère russe, Samar comptait s'établir en Russie, qu'elle a toujours définie comme un havre de paix qui abritait la famille lors de la guerre du Liban. C'est son cœur et sa rencontre avec Omar Boustany, directeur créatif dans la publicité et qui deviendra rapidement son époux, qui lui font changer d'avis et la font revenir définitivement à Beyrouth. Elle retrouve donc le pays, se marie, continue de travailler à plein temps, accouche de deux enfants et ne s'arrête pas un moment de mijoter de nouvelles recettes. «Faire la cuisine, c'est faire plaisir. C'est une forme d'art, mais un art éphémère. En cuisinant, on mise sur la créativité», dit-elle, notant que, pour les plats salés, elle se laisse inspirer, ne suivant jamais vraiment à la lettre les consignes, alors que pour les desserts, elle ne triche jamais. «Pour moi, c'est aussi un moment de qualité que je passe avec ma fille aînée, Anaïs, qui m'aide souvent en cuisine, le soir, quand je rentre après une longue journée de travail, ajoute-t-elle. Parfois elle est tellement heureuse qu'elle me sort des perles de poésie, comme par exemple, en regardant le four : "Maman, le gâteau est tellement beau que j'ai envie de danser pour lui".» La cuisine pour elle n'est jamais une corvée et cela malgré les longs horaires de travail. Une fois par semaine, elle invite des amis à manger à la maison et se laisse aller à la confection de plats sophistiqués. Invitée à figurer dans le livre Beirut Cooks, parmi d'autres passionnés, elle y a partagé ses secrets et surtout son amour pour cet exercice rarement périlleux. Pendant quelques années, Samar Mhanna a animé un blog baptisé «Soup opéra» – le nom est évidemment l'idée de son mari, Omar –, une réussite tant dans la forme que dans le fond. «Il fallait faire la cuisine, prendre les photos, rédiger... Je n'étais plus assez disponible», dit-elle avec regret. Pour elle, un mets est toujours attaché à un souvenir, une rencontre, une musique, un film. Elle aime l'art, le cinéma, les livres et la bande dessinée, et, par ailleurs, toutes sortes de plats. Avec une préférence pour les risottos et une aversion pour les cornes grecques ! Avec le temps et dans une suite logique, elle est devenue food stylist pour son agence de publicité. Elle se charge de préparer et de mettre en scène les plats et les aliments qui seront pris en photos. Avec toutes les astuces « artistiques » pour faire plus beau, plus vrai, plus frais, comme rajouter de la peinture afin de rendre une couleur plus éclatante, de la mousse à savon pour présenter un cappuccino appétissant, de la vaseline ou de la glycérine pour immortaliser des tomates brillantes et savoureuses. L'objectif de cette «artiste culinaire» est, comme elle l'admet dans la bonne humeur, de continuer dans le food styling et de se lancer, petit à petit, dans les consultations culinaires en aidant par exemple à la création de concept de restaurants. «Je suis une femme qui aime traîner du côté de la cuisine, taquiner les fourneaux, en sortir une idée et l'immortaliser par une photo, avant qu'elle ne se transforme en souvenir», écrivait-elle sur le blog.

Le logo de l'ALG est le "jurn", aux couleurs du drapeau libanais.

C'est dans ce lourd mortier en pierre qu'autrefois se préparait la kebbé. La viande et le bourghoul étaient patiemment et longuement pilés et mélangés à l'aide d'un lourd pilon en bois, jusqu'à obtention d'une pâte tendre.

Au début du siècle, dans les maisons beyrouthines, celui-ci était placé au centre de la cuisine sur un carré de pierre "furné" de couleur jaunâtre, le dallage de la cuisine étant trop fragile pour supporter les coups.

Pendant que l'on tapait la viande, les enfants se faisaient une joie de se faire des petites tartines de "kebbé nayyé" (kebbé cru).