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À Bourj Hammoud, les plus démunis ont leur restaurant

L’Orient le Jour du 24  août 2015 

À Bourj Hammoud, les plus démunis ont leur restaurant

 « Heureux les pauvres d'esprit, car le royaume des cieux est à eux ! (...) Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés ! » Cet extrait de l'évangile de Matthieu a inspiré l'association caritative libanaise Bonheur du ciel qui a inauguré, il y a quatre mois, le snack et café Bonheur du ciel à Bourj Hammoud.

Rien a priori ne distingue cet établissement de la banlieue est de Beyrouth des autres restaurants du quartier : les clients attablés, pris en charge par les serveurs, dégustent leur repas. C'est au moment de payer que la différence apparaît : au snack Bonheur du ciel, il n'y a pas d'addition.
« À Bourj Hammoud, il y a des snacks et des restaurants à chaque coin de rue. Mais de nombreuses familles et personnes en difficulté financière n'ont pas les moyens de s'y rendre », explique le père Majdi el-Allaoui, fondateur de l'association, née en 2002. « C'est pourquoi nous avons voulu créer un espace où ces personnes pourraient déjeuner comme tout le monde, mais gratuitement », ajoute le religieux qui gère aussi l'établissement. C'est son fils Matthieu, 11 ans, qui lui a proposé l'idée.
Sur le fond, le snack fonctionne sur le principe de la soupe populaire. Mais tout est fait pour que la personne qui déjeune au snack et café Bonheur du ciel se sente comme un client tout à fait ordinaire, dans un restaurant lui aussi ordinaire. Cela fait de l'établissement « le premier du genre au Liban », aux dires de son gérant. « Des fonctionnaires du ministère de la Santé sont même venus inspecter les conditions sanitaires des lieux, et le verdict était positif », affirme-t-il.

« Près de 95 visiteurs par jour »
Avec sa salle intérieure et sa terrasse, le restaurant a une capacité d'accueil de 24 personnes. « Il se situe dans une zone populaire, à proximité des personnes dans le besoin », explique le prêtre.
Au début, le snack accueillait un peu plus de 70 personnes par jour, mais avec la couverture médiatique dont il bénéficie ces derniers temps, sa clientèle ne cesse d'augmenter, atteignant « près de 95 clients par jour », explique le père Majdi el-Allaoui. Vieillards sans abri, familles en difficulté, Libanais et étrangers... une clientèle variée se retrouve autour des tables du café. Ils peuvent déguster des bouchées, un plat chaud par jour (haricots, riz et poulet, petits pois et carottes, épinards, pommes de terre bouillies, grillades...) ainsi que des salades, tout en sirotant un jus, un thé ou un café.
Entre 11h et 17h, du lundi au vendredi, quatre bénévoles assurent le service. « Ils sont tous étudiants », indique le prêtre, qui assure que les bénévoles tirent, eux aussi, quelque chose de l'expérience. « Ils me remercient de leur avoir permis de s'éloigner des activités inutiles qu'ils avaient tendance à mener et pour l'opportunité qu'ils ont de donner un peu de bonheur à ceux qui ne le connaissent pas. »

 « La banque des soins divins »
Interrogé sur les ressources financières de son entreprise, le père Majdi évoque d'abord « l'Esprit-Saint qui nous assure le budget requis, et la banque des soins divins qui nous finance ». Puis il ajoute, plus concret, que ce sont « des philanthropes et des âmes bienfaisantes qui nous apportent leur soutien matériel. Un célèbre restaurant libanais nous assure par ailleurs chaque jour le plat principal et d'autres denrées nécessaires ».
Bonheur du ciel, ce sont également, outre le snack de Bourj Hammoud, quelque 20 maisons disséminées sur l'ensemble du territoire libanais qui offrent différents services aux nécessiteux. Pour que ce réseau fonctionne, l'association a besoin de 63 000 dollars par mois. « En dépit de la situation économique morose du pays, cette somme est assurée en permanence, se félicite le prêtre. On dit que le Liban est à la dérive, mais je peux vous assurer que les personnes de bonne volonté ne se font pas rares dans ce pays. Il y a toujours de l'espoir. »
L'installation du snack Bonheur du ciel a été, un temps, quelque peu compliquée. « Les commerces voisins croyaient que l'on allait servir des plats à des prix concurrentiels, ce qui a pu les irriter, raconte le prêtre. De plus, il y avait une certaine méfiance à l'égard de notre clientèle. Mais tout cela a bien changé aujourd'hui. Tout le monde nous propose son aide et se réjouit de notre présence. »
À travers le snack Bonheur du ciel, le père Majdi veut surtout faire parvenir un message : « Quand j'étais jeune, je passais devant des restaurants sans avoir la possibilité d'y manger, se rappelle-t-il. Je veux que cela change. Je ne veux plus voir des enfants grandir dans le besoin. Je ne veux plus voir des personnes affamées. » Son restaurant a déjà réussi à changer la vie de deux enfants qui vivaient dans la rue et qui venaient déjeuner au snack : « Nous avons décidé de les héberger de manière permanente », affirme-t-il.
À l'avenir, c'est une cité dédiée aux personnes dans le besoin que l'association ambitionne de construire à Fanar, dans le Metn. Le projet, qui prévoit restaurants, cinéma, salles d'éducation et autres ateliers, est sur les rails.

Le logo de l'ALG est le "jurn", aux couleurs du drapeau libanais.

C'est dans ce lourd mortier en pierre qu'autrefois se préparait la kebbé. La viande et le bourghoul étaient patiemment et longuement pilés et mélangés à l'aide d'un lourd pilon en bois, jusqu'à obtention d'une pâte tendre.

Au début du siècle, dans les maisons beyrouthines, celui-ci était placé au centre de la cuisine sur un carré de pierre "furné" de couleur jaunâtre, le dallage de la cuisine étant trop fragile pour supporter les coups.

Pendant que l'on tapait la viande, les enfants se faisaient une joie de se faire des petites tartines de "kebbé nayyé" (kebbé cru).