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Foodblessed : combattre la faim en luttant contre le gaspillage

Article paru dans L'Orient le Jour du 25 juin 2014

Foodblessed : combattre la faim en luttant contre le gaspillage

De jeunes Syriennes mangent un repas distribué par les bénévoles de Foodblessed dans une salle de l’église Saint-François, à la rue Hamra.


Une jeune association propose un repas chaque vendredi à l'église Saint-François, à Hamra, pour des gens dans le besoin. L'enjeu : éviter au maximum le gâchis de nourriture en l'offrant à ceux qui ont faim.

Dans une salle de l'église Saint-François, à la rue Hamra, de jeunes bénévoles s'affairent derrière leur tablier estampillé « Foodblessed ». Ils préparent quatre grandes tables qui accueilleront une soixantaine de personnes pour deux repas. Le premier sera servi à des Libanais dans le besoin, dont la plupart sont des personnes âgées, et le second à des réfugiés syriens, parmi lesquels s'agitent de nombreux enfants. Ces repas, organisés chaque semaine, le jeudi à Badaro et le vendredi à Hamra, s'appellent les « kitchen soups ». Le repas se constitue exclusivement de plats offerts. Deux grosses casseroles de riz et de curry ont été apportées par un restaurant du coin de la rue, tandis que le reste des mets, feuilles de vigne, petits pois, couscous et viande ont été cuisinés, comme chaque semaine, par une dame du quartier. Quelques fruits et des barres chocolatées pour le dessert ont été apportés par des bénévoles.
Apolitique, non religieuse, non lucrative et entièrement volontaire, l'association « Foodblessed » a été créée en 2012 sous l'impulsion de la jeune Maya Terro. Sans cesse atterrée par le paradoxe entre le gaspillage et la faim, elle s'autodéfinit comme « activiste de la nourriture ». Son rôle, attirer les dons d'argent et de nourriture, créer un lien entre les donateurs et ceux qui sont dans le besoin, faire prendre conscience du problème de gaspillage. « L'objectif est de créer une culture où l'on gaspille le moins de nourriture possible et où l'on daigne donner sans rien attendre en retour », explique-t-elle. Pour ce faire, la jeune association organise des collectes de nourriture, d'une part, et d'argent qui serviront à acheter des produits de base, d'autre part. Le soir même, à minuit, une bénévole de Foodblessed est attendue chez l'ambassadeur de France pour récupérer les restes d'une réception. Les aliments périssables sont cuisinés pour être rapidement offerts lors des « kitchen soups ». Les autres aliments remplissent une banque de nourriture et seront également rapidement redistribués à ceux dans le besoin.

Aider autrui à un niveau local
Ruth, mère au foyer, originaire du pays de Galles, a mis en place les repas du vendredi à Hamra, le quartier où elle habite. Sans aucune aide de l'État, la jeune association ne vit que de volontariat et de dons. Pour Ruth, initier les actions à un niveau local permet de garder un lien entre les personnes concernées. Ce sont des gens de Hamra qui cuisinent pour les plus démunis du même quartier. « Si chaque personne aidait les nécessiteux de leur voisinage, tout serait plus simple », affirme-t-elle, en remplissant des assiettes qu'elle distribue ensuite sur la table. « Je souhaite avant tout que l'expérience soit enrichissante pour les bénévoles, qu'ils prennent plaisir dans le fait d'offrir sans rien attendre en retour, et qu'ils aient envie de recommencer. »
La petite pièce au sein de l'église s'embaume d'odeurs méditerranéennes et l'on ressert à plusieurs reprises les assiettes qui se terminent rapidement. Certains avancent des Tupperwares que l'on tente de remplir dans la mesure du possible et finissent par quitter la table.
Le deuxième repas se fait dans une plus grande cacophonie. Des enfants syriens caracolent bruyamment et ont du mal à tenir en place. Ils posent malicieusement devant les appareils photo des bénévoles. « Depuis vingt-six semaines que l'on accueille tous ces gens, nous n'avons jamais eu d'incidents regrettables », dit Ruth, confiante.

Petit à petit, sensibiliser le plus grand nombre au gaspillage
Les convives sont nombreux, la confusion s'immisce parfois dans l'ambiance, mais la bonne humeur reste palpable. « Je suis contente d'être là, cela m'avait manqué », confie Samia, une bénévole qui n'était pas venue depuis trois semaines. « Rien n'étant planifié, on ne sait jamais à l'avance combien il y aura de personnes à servir ni combien de bénévoles seront là pour aider, on espère simplement qu'il n'y aura pas de gaspillage ! »
Sarah, jeune mariée et future maman, a rejoint son mari au Liban depuis la destruction de sa maison, à Alep. Comme beaucoup d'autres, elle repart de l'église avec une « Mouneh Box », une boîte d'une dizaine d'ingrédients de base, permettant de faire jusqu'à cent cinquante repas, et quelques restes du vendredi.
« Tout est parti », s'exclame Ruth, satisfaite et soulagée.
La prochaine étape pour l'association est de sensibiliser les gens au gaspillage, chercher à les éduquer.
« Nous voulons faire réagir les hôtels, les restaurants, les organisateurs de mariage qui tendent à surproposer. Nous voulons informer les gens dans les écoles, dans les universités pour qu'ils prennent conscience du problème du gâchis de nourriture. »
La petite association projette d'offrir mensuellement des repas dans une prison pour femmes et une maison de correction pour jeunes en dehors de la capitale. « Foodblessed » progresse petit à petit, en cherchant à toujours garder un lien entre ceux qui donnent et ceux qui reçoivent, dans l'espoir de pouvoir rétablir un peu d'équilibre entre le gaspillage et la faim.

Liens utiles :
Pour rentrer en contact avec « Foodblessed », faire partie des bénévoles ou offrir des donations, joindre Maya Terro au 70/159337
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
http ://www.foodblessed.org

Le logo de l'ALG est le "jurn", aux couleurs du drapeau libanais.

C'est dans ce lourd mortier en pierre qu'autrefois se préparait la kebbé. La viande et le bourghoul étaient patiemment et longuement pilés et mélangés à l'aide d'un lourd pilon en bois, jusqu'à obtention d'une pâte tendre.

Au début du siècle, dans les maisons beyrouthines, celui-ci était placé au centre de la cuisine sur un carré de pierre "furné" de couleur jaunâtre, le dallage de la cuisine étant trop fragile pour supporter les coups.

Pendant que l'on tapait la viande, les enfants se faisaient une joie de se faire des petites tartines de "kebbé nayyé" (kebbé cru).