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Mona el Dor a vendu du Kechk aux Japonais

L’Orient le Jour du 12 mars 2015

Mona el-Dorr a vendu du kechek aux Japonais

Son visage est familier. Typique, bien « de chez nous ». Vous avez sûrement croisé Mona el-Dorr, les samedis à souk el-Tayeb, au centre-ville de Beyrouth, les mardis à souk el-Ard au Bread Republic de Hamra, ou dans d'autres marchés locaux. C'est elle qui prépare ces fameux « manakiche » au thym, aux épinards, au fromage

et au kechek, dont la pâte est constituée de divers grains moulus – blé, avoine, maïs et levure naturelle – pour remplacer la farine. Elle confectionne aussi une panoplie d'autres produits qui lui valent chaque année des invitations en Europe et ailleurs. Elle est également membre de l'organisation Slow Food. « Chaque année, je pars un ou deux mois aux Pays-Bas ou en Italie. En Europe, ils ont un parti qui rassemble les férus d'aliments sains produits d'une façon traditionnelle. Je les avais rencontrés une fois ici à Beyrouth. Depuis, je paie chaque année ma cotisation et je suis devenue membre de ce parti qui m'invite partout », dit-elle, fière. Mona ne parle ni l'anglais ni le français, mais jamais, confie-t-elle, elle n'a trouvé des difficultés à se faire comprendre ou à faire parvenir son idée. Originaire de Majdel Zoun, dans le caza de Tyr, celle que l'on prénomme Oum Ali a toujours vécu près de la terre, gagnant sa vie en travaillant ses produits, en vendant du pain et des provisions d'hiver (mouné) dans les villages de la région. C'est en 2004 qu'elle rencontre Nada Debs et Kamal Mouzawak, qui lui ouvrent de plus grands marchés. Grâce à un travail acharné, un savoir-faire transmis d'une génération à l'autre et une volonté de fer, Mona a réussi à élever sa famille et construire des maisons à ses trois enfants à Majdel Zoun ; elle a presque fait le tour du monde, visité de nombreux pays européens et arabes. Pourtant, c'est un pays d'Asie, et non des moindres, qu'elle a préféré. « Chez nous, quand on veut faire du bien à quelqu'un, on lui souhaite d'aller en pèlerinage à La Mecque... Moi, je lui souhaite d'aller au Japon », dit-elle, avec un grand sourire, confiant qu'elle n'a pas trouvé d'égal au pays du Soleil-Levant où elle s'était rendue pour présenter des produits du terroir et des recettes du Liban-Sud, dont le fameux « kechek el-fokhara » (blé concassé, fermenté avec de l'eau et du sel). Mona, âgée de 50 ans, a été élevée par sa grand-mère paternelle. À la mort de cette dernière, elle a été obligée de vivre avec son père et sa belle-mère. « Ce n'était pas facile. » Un peu plus tard, la famille doit quitter Majdel Zoun, détruite par des bombardements israéliens, pour vivre à Tyr. Elle n'aime pas la vie en ville et décide de se marier pour fuir la maison familiale. « À 30 ans, j'ai choisi d'épouser un simple ouvrier, qui était bon avec moi. » Toute sa vie, elle a été confrontée à des difficultés qu'elle a réussi à surpasser. « J'ai appris à lire à l'âge de 27 ans. J'ai toujours supplié mon frère pour qu'il m'apprenne à lire, en vain. Lorsqu'un jour un homme s'est moqué de moi dans la rue parce que je ne savais pas déchiffrer une enseigne, j'ai acheté un cahier et un crayon et je me suis rendue chez un jeune voisin ingénieur qui m'a aidée », note-t-elle. Mona a actuellement une prédilection pour la littérature soufie et les écrivains russes, traduits en arabe bien sûr. Elle raconte aussi que ses parents, qui n'ont jamais enregistré leur mariage, n'ont pas également enregistré sa naissance. C'est à 25 ans, grâce à l'aide d'un avocat, qu'elle a réussi à avoir une carte d'identité ! Son aîné, Ali, est né avec une malformation aux jambes. « Je l'ai pris chez les meilleurs médecins de Beyrouth. J'ai travaillé nuit et jour pour assurer les soins... Il est devenu soldat. Il peut donc se tenir debout, marcher, et courir », explique-t-elle. Ses deux autres enfants, Khodr et Zahraa', l'aident au marché et suivent des études en langue anglaise et en graphic design. Depuis la guerre de 2006, Mona vit à Zouk où elle confectionne et stocke ses produits. Alors si vous la recroisez dans un de nos marchés locaux, vous comprendrez mieux son courage, forte de la conviction que les femmes sont bien plus fortes que les hommes. « La force, elles la puiseront – comme moi – à l'intérieur d'elles-mêmes. »

 

Le logo de l'ALG est le "jurn", aux couleurs du drapeau libanais.

C'est dans ce lourd mortier en pierre qu'autrefois se préparait la kebbé. La viande et le bourghoul étaient patiemment et longuement pilés et mélangés à l'aide d'un lourd pilon en bois, jusqu'à obtention d'une pâte tendre.

Au début du siècle, dans les maisons beyrouthines, celui-ci était placé au centre de la cuisine sur un carré de pierre "furné" de couleur jaunâtre, le dallage de la cuisine étant trop fragile pour supporter les coups.

Pendant que l'on tapait la viande, les enfants se faisaient une joie de se faire des petites tartines de "kebbé nayyé" (kebbé cru).